05 décembre 2009
Débats et florilèges
Pour meubler leurs heures perdues, les politiciens aiment à faire des débats. Tous les sujets sont les bienvenus, pour peu qu’on discute entre amis : identité nationale, planète, grippe, école, football, j’en passe et des meilleures… Le Joyeux Rebelle s’est immiscé dans l’une de ces fameuses discutailles gouvernementales, dans laquelle nos personnalités s’exposent mutuellement leurs rêves ingénus d’un monde meilleur. A suivre !
Débats et florilèges
Nicolas Hulot
Je voudrais un pays verdoyant, sans humains
A l’exception peut-être du peuple africain :
Ils sont bien trop sauvages pour nuire à la Terre
Et cet heureux constat leur vaut bien la misère !
Frédéric Mitterrand
Comment pouvez-vous donc oublier les enfants ?
Ne sont-ils pas plus beaux qu’un couple d’éléphants ?
Faites à la Culture agrément de confiance :
J’ai en cette matière une grande expérience !
Jack Lang
Je vous suis sur ce point, mais vous trouve incomplet :
La fête vaut bien qu’on y consacre un couplet !
Je rêve d’un bon peuple, une plume au derrière
Gambadant dans la plaine au vent de ma carrière…
Azouz Begag
Pardonnez-moi Jacquot de vous mettre à l’arrêt :
Votre plaine est bien laide sans mes minarets !
Quand les cris orientaux envahiront la France,
Je dirai apaisé : « que la fête commence ! »
Philippe de Villiers
Vous me poussez à bout avec votre quatrain !
Quoi, dans mon Puy retentiraient vos sourds refrains?
Pour cela il faudrait m’octroyer quelque place
Qui me garantirait la survie de ma race !
Ségolène Royal
Mais je ne comprends goutte aux mots qui sont les vôtres !
Je suis d’avis des uns sans m’opposer aux autres ;
Notre prochain débat m’apportera lumière,
Pour peu que j’y préside en ma jolie chaumière !
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22 novembre 2009
Trois-cents
Le Joyeux Rebelle a déjà plus de trois-cents vers à son actif. L’occasion de transposer à notre époque et à notre pays, la sublime résistance des Trois-Cents Spartiates du roi Léonidas, héros des Thermopyles. Poétiquement parlant, les traditionnels alexandrins laissent place à des vers plus rythmés de six pieds, aux rimes alternées.
Trois-cents
Tels trois-cents fiers guerriers
Défendant peuple et terre,
Mes rimes sont d’acier
Et de feu sont mes vers !
L’ennemi est aux portes,
Au pouvoir sont les traîtres,
Où donc sont nos cohortes?
Qui combattra ces reîtres ?
Les pertes sont nombreuses,
Rare est la résistance ;
Faiblir est chose honteuse
Quand le prix est la France !
Face aux hordes cruelles,
Sarrazins, Circoncis,
La France est pauvre et belle
Mais est maîtresse ici !
La croix celte et le lys,
La rune et le marteau,
D’un bel ensemble emplissent
D’espoir nos idéaux.
Attendez sanguinaires,
Qu’avancent nos Trois-Cents,
Ils vaincront en colère
Candélabre et Croissant !
Trois-cents héros en armes
Ont écrasé des nuées ;
France, sèche tes larmes :
Point ne seras tuée !
Quand échoueront enfin
Ces visées scélérates,
Se réjouira sans fin
Un malicieux pirate…
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09 novembre 2009
Une question d'identité
Le fameux débat sur « l’identité nationale » a été lancé il y a quelques jours, par un socialiste rallié à l’UMP. Par un des acteurs de la construction européenne, au détriment des nations et des identités, justement. Curieux paradoxe qui vaut bien le ton acerbe de ce poème, la conclusion étant bien sûr à prendre au second degré (ou au troisième, selon vos idées politiques !)…
Une question d’identité
Avez-vous déjà vu un dindon priser l’art,
Ou un pin parasol parler gastronomie ?
Vous me l’accorderez, ces faits sont plutôt rares,
Mais pourtant moins abscons que cette antinomie !
C’est sans doute l’humour qui poussa mon héros
A « lancer un débat sur notre identité » ;
Car comment, sans sourire, un illustre blaireau
Pourrait-il s’ériger chantre de nos cités ?
On le croyait à gauche, et le voilà tribord !
Seraient-ce les effets d’un puissant vent contraire ?
Ou ceux des sublimes trahisons sans remords
Qui en démocratie, relancent les carrières ?
Qu’il soit l’autre ou bien l’un, que dire en vérité,
Sinon que pour un traître euro-fédéraliste,
Prononcer les beaux noms « nation », « identité »
Est rien moins qu’une insulte aux relents nihilistes ?
On parle de « nation » tout en violant l’Irlande,
On crie « identité ! » du haut des minarets !
Ces deux mots sont trop purs pour que je les entende
Dans les bouches qui n’y voient que leurs intérêts.
Rappelle-toi Besson, que le dernier humain
A avoir enlacé « social » et « national »
A bien mal terminé son délicat chemin ;
Or lui, il y croyait ! Pourtant c’était le « Mal »…
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29 octobre 2009
Justice!
En France, la loi condamnant les abus sexuels sur mineurs a depuis 1994 une portée extraterritoriale, rendant passibles de lourdes peines de prison les citoyens français coupables de tels crimes à l’étranger. Sur M. Mitterrand pèsent de graves soupçons corroborés par son livre sordide. Que faut-il de plus à l’Ajustice pour qu’une enquête soit ouverte ? Le Joyeux Rebelle n’a pas le sourire car ce scandale est en passe d'être étouffé, alors que dans le même temps deux honnêtes patriotes de ses amis croupissent dans les geôles de la République. Ce poème est autant un message de soutien à ces camarades incarcérés, qu’un cri de colère à destination des puissants de ce monde.
Justice!
Salut à toi catin, parée du mot « justice » !
Salut à tes suppôts par ton nom protégés !
Ta balance est aussi trompeuse que factice ;
Par sa faute ma plume en devient enragée.
Tu défends sans rougir ce vil écrivaillon
Dont la prose défie les cris de ses victimes !
Face à ce grand ministre, un bambin en haillons
Est certes peu puissant : qu’importe donc le crime ?
Il y a quelque temps, certain prédécesseur
Dut quitter des quartiers qu’on disait imposants,
Laissant là ses fonctions pour sauver son honneur.
Si un Gaymard l’a fait, qu’attends-tu Mitterrand ?
Qu’attends-tu pour entrer dans ta sombre cellule,
Profiter des bienfaits semés par ta largesse ?
Cette fois pas de gosses, mais de noirs hercules
Te feront oublier et Culture et richesse !
Entre donc, ne crains pas de prendre ainsi la place
De mes deux vieux amis enfermés sans raison !
Quoi, tu geins et tu cries, quand eux restent de glace ?
A ton avis lequel est chez lui en prison ?
Mais ma plume s’emporte, pardon grand ministre
De semer dans ces vers un ferment de discorde !
C’est que réflexion faite, une geôle sinistre
T’est bien moins nécessaire qu’un morceau de corde…
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19 octobre 2009
Plaidoirie d'un honnête virus
Depuis quelques semaines, une menace de pandémie grippale hante les cervelles tout en remplissant allègrement les caisses des lobbies pharmaceutiques… Un rebelle, joyeux de surcroît, ne pouvait qu’y voir une curieuse coïncidence avec les contrats juteux des laboratoires de vaccins ! Mais cédons la parole au virus lui-même, il est de mon avis et je ne doute pas de sa sincérité…
Plaidoirie d’un honnête virus
Depuis la nuit des temps les hommes me connaissent,
Je suis celui qui dicte la fin de l’été ;
Quand le soleil décline et que les pluies ne cessent,
J’effectue mon entrée timide et redoutée.
Je serais vaniteux si j’osais me prétendre
Meilleur ami de l’homme : j’en suis peu aimé ;
Mais d’aucuns aujourd’hui se plaisent à me rendre
Plus nocif que la lèpre ou qu’un ogre affamé.
Oui je suis un virus, qu’on appelle grippal !
Oui je rends chauds les fronts et tenace la toux !
Là s’arrête mon art, moins piquant que le pal…
Je me défends de ceux qui d’un rien font un tout.
La vérité est là : des marchands de potions
M’ont placé en flacons, ont osé des mélanges
Pour m’offrir –disaient-ils– latitude d’action
Sur tous les continents : vive le libre-échange !
Aussitôt envoyé chasser sur tous les fronts
Je constatai soudain que mes commanditaires
D’un seul et même cri, dénonçaient les affronts
Dont j’étais un auteur rien moins qu’involontaire !
Je le jure aujourd’hui, croyez-moi bonnes gens !
Je ne suis point si vil que certains le prétendent,
Et si les négociants n’aimaient pas tant l’argent,
Nul ne crierait ainsi : « Qu’on le tue ! Qu’on le pende ! »
Les soins qu’on vous impose en guise de salut
Sont autant d’écus d’or amassés par les traîtres,
Et l’honnête virus qui bien bas vous salue
Est bien moins assoiffé que le sont ces faux maîtres.
Je regrette parfois d’être si peu mortel ;
Si je pouvais punir les démons de leurs crimes,
Ma bouche vengeresse occirait sans appel
Un ministre pervers au nom de ses victimes…
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08 octobre 2009
Le renard et le poulailler
Les Irlandais avaient dit « non » au traité de Lisbonne ; nos dirigeants bruxellois ont patiemment attendu que la verte Erin s’enfonce dans la crise et se sont posés en sauveurs… Le piège a fonctionné et le Joyeux Rebelle le regrette, dénonçant cette mascarade comme l’aurait sans doute fait (avec plus de talent) un La Fontaine.
Le renard et le poulailler
Des poules gambadaient gaiement dans la broussaille,
Leurs plumes duvetées voletant sur la paille.
Autour de leur logis, une grande clôture
Empêchait les renards d’en faire leur pâture.
Elles chantaient le jour, elles pondaient la nuit,
Et jamais dans leur vie n’intervenait l’ennui.
Un matin un renard approcha de ce fief
Et d’une voix mielleuse il entretint leur chef :
« Joli coq » lui dit-il, « vous ignorez sans doute
Que d’autres bergeries nous offrent notre croûte !
Ouvrez votre barrière, unifions nos espèces
Car si vous refusez, craignez qu’on vous dépèce ! »
Le coq rit aux éclats, et le peuple des poules
Caqueta au goupil la volonté des foules.
Un bel œuf envoyé par la plus malicieuse
Fit s’enfuir l’importun, la mine peu radieuse.
Mais la famine un jour apparut en ces lieux,
Rendant le coq inquiet et ses sujets soucieux.
Et le rusé renard fit soudain son retour
En parant ses propos des plus jolis atours.
« Voyez » susurrait-il, « vos mines efflanquées !
Vos sœurs dans nos contrées se gavent de banquets,
Joignons donc nos efforts pour vaincre la disette ! »
Et les volailles buvant ses mots malhonnêtes
Firent à sa requête un accueil chaleureux...
La porte s’ouvrit sur le peuple tout heureux
Qui fit fête au renard. Lui aiguisa ses crocs
Et remerciant ses proies, il leur brisa les os.
La morale est limpide : un refus populaire
Est aisé à trahir quand survient la misère.
Si la démocratie était si vertueuse,
Les poules de ma fable seraient plus heureuses !
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01 octobre 2009
A l'aide!
Il arrive de temps à autre qu'un boulanger fasse du mauvais pain ou qu'un coiffeur touche aux cheveux de Jean-Louis Borloo. Dans le cas de la poésie, l'inspiration fait parfois défaut. Le Joyeux Rebelle n'échappe pas à la règle et vous avoue manquer cruellement de substance à ciseler en vers. Si quelque idée ou évènement politique vous a marqués et vous semble pouvoir faire l'objet d'un poème ironique ou malicieux, ne manquez pas de m'en faire part via la rubrique "commentaires". Une humble demande et un grand merci en rimes!
A l'aide!
Oyez, amis lecteurs, mon appel au secours :
Ma plume est par les Muses laissée sans recours.
Par quel injuste effet mon cerveau hébété
Est-il moins irrigué qu’un désert en été ?
Le malheur est bien là : la faconde et la rime
Semblent fuir mon esprit comme un saint fuit le crime.
Jusque dans quels enfers se morfondra ma main
Si une âme avisée ne lui fraye un chemin ?
Si vous m’abandonniez dans les pièges ardus
D’une prose sans vie, de jeux de mots tordus,
Vous plongeriez mon cœur dans des tourments bien rudes !
Ecoutez d’un rebelle l’appel éperdu,
Offrez-lui les idées qu’il a soudain perdues !
Vous en récolterez estime et gratitude…
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20 septembre 2009
Autobiographie d'un chêne tricentenaire
Ce poème s'inscrit dans un registre moins burlesque que les précédents, et est empreint d'une légère mélancolie. Mais que celui qui a vu un arbre rire me jette la première pierre! Ce grand chêne qui s'épanche décrit la lente chute d'une nation qui dépérit, mais l'espoir n'est pas absent de cette plainte patriotique.
Autobiographie d'un chêne tricentenaire
Quand je suis apparu d’un petit tas de terre,
Le vent soufflait gaiement sur mon front chevelu.
Mes yeux s’accoutumaient à ce nouveau mystère :
Je vivais, et le monde m’était dévolu.
Je n’étais ni herbe ni plante de saison
Qui sitôt mise au monde, fane et se dessèche,
Mais un chêne vivace, doué de raison
Qui vivrait ardemment des siècles sur la brèche.
Je grandis et bientôt, du haut de mon feuillage
J’aperçus le clocher d’une petite église.
Il égrenait les ans s’ajoutant à mon âge,
Et mes bras répondaient quand murmurait la brise.
De mon tronc imposant, je vis enfin la France
Et ses glorieux enfants peuplant de belles terres,
Les châteaux et les champs, le Louvre et la Durance,
Les logis des vivants, des morts les cimetières…
J’ai vu Louis le Quatorze et ses guerriers désirs,
Le bon Louis le Seizième et la Révolution,
La lutte des Chouans, la Terreur et l’Empire,
Des erreurs et du sang, mais toujours la passion !
Aujourd’hui je suis las, la vieillesse m’assaille,
Mais le tronc coriace cèle ma souffrance :
Où est le beau pays des amours, des batailles ?
Où sont ces hommes droits, les fiers enfants de France ?
Saint Louis rendit justice sous l’ombre d’un frère,
Et mainte fille en pleurs me confia son chagrin.
Pourquoi la vie m’est-elle aujourd’hui étrangère ?
Où donc est mon clocher où résonnait l’airain ?
Ou mon œil s’affaiblit, ou le Français est mort.
Je ne vois plus d’honneur, de fierté nulle trace ;
Etrangers et voleurs leur auront fait un sort !
Seul dans la nuit qui vient, je survis à ma race…
Mais parfois un espoir renaît dans mes yeux clairs :
Quand l’ultime jeunesse crie encor sa foi
Et combat l’occupant, vive comme l’éclair,
Je sais que l’avenir, de l’Honneur fera Loi.
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11 septembre 2009
Mignonne allons voir si la rose...
Vous aimiez déclamer une tirade de Corneille ou réciter une fable de La Fontaine ? Vous êtes hors-jeu ! Les nouveaux artistes « français » ont pour noms NTM et La Fouine. Loin des rimes jaunies par les ans, plongez-vous sans tarder dans l’univers mystico-lyrique dont vos enfants étudieront à l’école les œuvres complètes…
Mignonne allons voir si la rose...
Pépère en twingo, trop felhen en BMW
J’ai connu des meufs vierges et des meufs RW
J’ai mis des rotte-ca, nique sa mère bug’s bunny
J’suis sur le ter-ter pépère, il m’faut une kerba bruni !
O poésie suave ! O sublime finesse !
Mon âme est éblouie par la délicatesse
Emanant de ce miel en vers et en musique
Que clament ces hérauts : les troubadours d’Afrique !
Relisant de mes pères les vieux parchemins
Que Molière et Racine ont salis de leurs mains,
Le pourpre de la honte me monte au visage :
Ils sont ânonnements d’un enfant en bas-âge !
Que j’aime à refermer ces antiques grimoires
Qui souillèrent longtemps ma moderne mémoire !
J’étanche enfin ma soif d’un gouleyant breuvage :
Adieu art ancestral, bienvenue cri sauvage !
On va vous […] vos […] de meufs !
[…] !
[…] […] […] !!
Oyez l’Amour courtois et ses douces romances
Qui séduisent les cœurs de la nouvelle France !
Certes le verbe est cru, mais aisé à comprendre ;
A ces raisons de l’âme on ne peut que se rendre !
Le prince qui jadis eût déclaré sa flamme
En vers aussi galants, aurait conquis sa dame !
Nul besoin de duels non plus que de bouquets,
Elle aurait succombé aux charmes du caquet !
Pan ! Dans tes dents ! Je m’adresse à toi petit Blanc,
Je [...] ton gouvernement ! […]
Les keufs sont lynchés, enfin ça soulage,
Faut que Paris crame ! […]
Que sont niais les Ronsard, piètres les du Bellay
Qui contèrent la vieille France et ses palais !
Leurs rimes sont un leurre sans beauté aucune
Dont l’écho vieillissant n’omet point les lacunes !
La franque barbarie clôt enfin luths et vielles,
La poésie mauresque enchante les cervelles !
Si vraiment chaque siècle a les arts qu’il mérite,
La richesse du nôtre est joliment écrite !
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01 septembre 2009
Lamentations
Si l’on pouvait hiérarchiser les maux dont souffre l’humanité selon leur horreur (et donc les peines encourues par leurs auteurs), c’est sans nul doute le révisionnisme qui emporterait la triste palme du vainqueur. Le Joyeux Rebelle, soucieux d’expliquer à ses lecteurs cette apparente - mais irréelle !- disproportion, a tranché le bout de sa plume pour faire entendre la bonne parole…
Lamentations
Permettez, doux amis, que je vous mette en garde
Contre un Mal si sournois que ma plume en défaille.
La pudeur eût voulu que nul ne se hasarde
A évoquer en vers cet ennemi de taille.
Si la mort dans le cœur, je pointe l’immondice,
N’y voyez point celé un quelconque plaisir,
Car le souci de paix et la soif de justice
Sont les uniques causes d’emploi de ma lyre.
Mais venons-en au fait que, Muse vengeresse,
Tu m’inspires soudain : ce Mal insoutenable,
Est-ce la maladie qui vers la mort nous presse ?
Que nenni ! C’est bien pis qu’un virus redoutable !
Est-ce alors quelque crime qu’un vil assassin
Perpètre dans la nuit chez les honnêtes gens ?
Fi ! Un meurtre ou un viol sont de menus larcins
En regard de ce Mal chaque jour plus rageant !
S’agit-il de la guerre, dont l’effet dévaste
Les pays et les peuples ? Est-ce enfin la misère
Qui transforme le monde en un charnier si vaste ?
Non, le Mal que je vois dépasse cette terre…
Les obscurs criminels qui me font tant frémir
Sont coupables d’esprit, d’opinion, de pensée :
Ils oublient sans ciller le seul peuple martyr
D’un régime lointain conjugué au passé…
Ils osent ignorer la Loi du Saint Calcul
Qui fit de "six millions" un nombre consacré,
Loin des mille milliards, chiffre si ridicule !
D’innocents sans valeur par la Mort attirés.
Comprenez mon dégoût de tels agissements,
La seule dignité exigeait que j’en eusse !
Pour ces monstres, j’exige l’embastillement
Car la liberté coûte le prix d’un prépuce…
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